« Bouger est bon pour la santé », dit-on. Est-ce vraiment le cas? Quand commence-t-on à en ressentir les effets bénéfiques? Quelle activité est la plus recommandée et à quel niveau d’intensité? Est-ce que se promener plus suffit ou faut-il se mettre à faire du sport intensivement? En quoi l’activité physique diminue-t-elle les risques de cancer, alors que des personnes sportives peuvent aussi développer un cancer? De nombreuses questions auxquelles le docteur Erika Joos – médecin en chef en revalidation à l’UZ Brussel – a des réponses claires.

Nous devons tous bouger plus, car cela a des effets positifs pour notre santé. Quels sont-ils?

Dr Joos : « L’activité physique améliore notre condition physique. Cela a aussi un impact sur notre équilibre hormonal. Cela nous aide à nous sentir mieux. Rester en mouvement permet aussi de garder un poids sain. C’est un facteur essentiel en prévention de notre capital santé. La surcharge pondérale et un taux de graisse élevé sont d’énormes facteurs risque. Un surpoids entraine souvent de nombreuses maladies, comme le diabète. En bougeant, nous renforçons aussi notre ossature et c’est bénéfique pour notre cœur et pour notre système sanguin. Que des avantages donc ! »

Pour ressentir tous ces bienfaits, quelle quantité d’activité physique est nécessaire? Est-ce qu’un peu de marche suffit? Ou faut-il vraiment se mettre au sport?

Dr Joos : « Pour mener un style de vie sain, vous devez faire une activité modérée au moins 5 fois par semaine pendant 30 minutes. Cela peut être de la marche. Ou vous pouvez faire du sport 3 fois par semaine pendant 20 minutes. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande d’ajouter au moins 9 équivalents métaboliques (MET) supplémentaires par semaine. Le MET indique le nombre de kcal/kg que vous brûlez par heure. Par exemple, si vous restez assis, vous consommez 1 MET/heure. Marcher une heure correspond à 3 MET. En fonction de l’intensité de l’effort, une heure de course à pied permet de consommer de 6 à 18 MET. Pour être en bonne santé, vous devez donc consommer au moins 9 MET par semaine. Quand vous le faites importe peu. Si vous n’avez pas beaucoup de temps en semaine et que vous faites 2,5 heures de vélo le week-end, c’est aussi bon pour la santé que si vous répartissez l’exercice physique sur la semaine… tant que vous maintenez un minimum d’activité la semaine. Certaines activités ne prennent pas beaucoup de temps. Il faut prendre le pli de prendre de saines habitudes comme prendre l’escalier plutôt que l’ascenseur ou de téléphoner en marchant. Vous pouvez prendre le tram ou le bus et descendre à un arrêt plus tôt ou garer votre voiture à un kilomètre du lieu de travail. Cela ne prend pas beaucoup plus de temps, mais cela a des effets positifs sur la santé. C’est logique : nous, humains, sommes conçus pour la marche. »

Quand fait-on de l’exercice et quand du sport?

Dr Joos : « Il existe trois types d’activités : les activités quotidiennes, les activités récréatives et le sport. Parmi les activités quotidiennes, l’on retrouve la marche, les escaliers à monter, le ménage ou le jardinage. Quant aux activités de loisirs, elles sont pratiquées à faible intensité, comme le yoga, le cyclisme ou le golf. Alors que vous bougez à haute intensité, quand vous pratiquez un sport, tel que le judo, le cyclisme sur un vélo de course ou du fitness.
Les trois types d’activités ont tous des effets positifs sur notre santé. Donc, pas besoin forcément de faire du sport pour avoir un impact positif. Par contre, la durée de l’activité pratiquée compte. Pour obtenir le même résultat, vous devrez marcher plus longtemps que si vous pratiquez un sport intensif. »

Quelle est la corrélation entre l’exercice physique et le cancer ? Comment se fait-il que certaines personnes en bonne santé aient un cancer?

Dr Joos : « Dans le cas de certains cancers, c’est prouvé : l’exercice physique est vraiment préventif. C’est le cas du cancer du sein, du cancer du côlon et du cancer de la prostate. Pour d’autres cancers, comme la leucémie et d’autres cancers du sang, le lien est moins clair. En faisant de l’activité physique, vous réduisez le risque de cancer. Bien sûr, il existe d’autres facteurs de risque, tels que l’hérédité. C’est pourquoi il peut arriver qu’une sportive puisse être atteinte du cancer du sein. C’est comme si vous traverseriez la rue sans regarder. S’il y a beaucoup de voitures, vous augmentez le risque d’être heurté. Mais même si vous réduisez les risques – en vous assurant qu’il y a moins de voitures – il y a toujours un risque – plus faible – d’être happé par une voiture. C’est pareil pour la prévention du cancer. L’activité physique réduit les risques, mais ne vous garantit pas de ne jamais avoir de cancer. L’exercice physique est un facteur préventif à votre portée : il dépend de vous seul, il est bon marché et n’a pas d’effets secondaires. Alors que les médicaments ont toujours des effets secondaires. »

En cas de cancer, l’activité physique aide-t-elle encore?

Dr Joos : « Les personnes qui ont eu des problèmes cardiaques ou un cancer doivent bouger plus encore pour avoir un effet curatif. Nous veillons d’abord à ce qu’ils atteignent le niveau de base. Ensuite, nous les amenons à avoir 150 minutes d’activité par semaine pour éviter une rechute. Si possible, pour obtenir un effet thérapeutique, 300 minutes d’exercice par semaine sont demandées, soit 12 MET par semaine. »

Que dire de nos vies sédentaires ? L’immobilisme est-il aussi mauvais pour la santé que le tabac?

Dr Joos : « Le cancer a quatre causes principales : l’âge – plus l’on vieillit, plus les risques de cancer augmentent -, le tabac, l’obésité due à de mauvaises habitudes alimentaires et la sédentarité. Alors oui, nous ne bougeons pas assez. Être assis longtemps n’est pas bon pour notre santé. Et malheureusement, la sédentarité touche déjà les plus jeunes. En général, les enfants bougent beaucoup trop peu. À l’UZ Brussel, nous avons commencé avec les enfants hospitalisés un club qui les incite à bouger. Ils apprennent – et leurs parents aussi par la même occasion – à bouger davantage. Ce genre d’initiative devrait aussi voir le jour dans les écoles. Les enfants devraient être invités à bouger, à être actifs, plutôt que de rester assis toute la journée. »
Nous remercions vivement le docteur Joos pour cette explication intéressante. Bougeons pour réduire le risque de maladies telles que le cancer du côlon ou du sein ! En plus, nous donnons ainsi le bon exemple à nos enfants.

Qu’attendez-vous pour enfiler vous aussi vos chaussures de marche ?

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