Jessy Van Dousselaere

L’Agence flamande de la Fonction publique a mis sur pied un plan d’actions ainsi qu’un site internet pour lutter contre le stress et le burn-out auprès du gouvernement flamand. Previdis a interrogé, à ce propos, Jessy Van Dousselaere, régisseuse bien-être – RH de l’Agence.

Quelle est l’ampleur du problème de stress et de burn-out auprès des fonctionnaires flamands ?

Nous ne disposons pas à l’heure actuelle de chiffres exacts sur le stress et le burn-out. Les derniers chiffres de l’absentéisme pour cause de maladie attribuent 28% des jours d’absence à des dysfonctionnements psychiques généraux, dont le burn-out. Il est probable que les médecins mentionnent moins facilement le stress et le burn-out sur les certificats médicaux et que des cas de burn-out tombent donc également dans la catégorie ‘inconnue’.

Depuis 2017, il existe un nouveau contrat-cadre pour le contrôle des maladies qui mesure les chiffres à un niveau inférieur. Nous disposerons ainsi prochainement d’une meilleure vue sur la problématique du stress et du burn-out et nous espérons que la catégorie ‘inconnue’ sera dès lors moins importante.

Que fait le gouvernement flamand pour s’attaquer au problème croissant du stress et du burn-out ?

Avec notre plan d’actions, nous entendons surtout travailler de manière préventive, même s’il y a également des actions curatives. En concertation avec notre centre d’expertise RH, nous formulons des propositions de politique qui reposent sur une approche « evidence-based » : nous optons pour des actions dont il est scientifiquement prouvé qu’elles fonctionnent.

Pourquoi avez-vous pris l’initiative de développer ce plan d’actions ?

Notre plan d’actions s’inscrit dans la politique de gouvernement et vient compléter la note de politique de la ministre de l’intérieur de la région flamande. Cette note stipule que, dans un contexte de rallongement de la carrière, il faut s’intéresser au bien-être des travailleurs.
Par ailleurs, un service de qualité a tout intérêt à pouvoir compter sur des travailleurs qui se sentent bien.
De plus, le principe de la responsabilité partagée constitue le fil rouge de notre plan d’actions : en tant qu’employeur, nous tenons à assumer notre responsabilité, mais nous attendons également de nos collaborateurs qu’ils prennent soin d’eux-mêmes.

En quoi consiste ce plan d’actions ?

Le plan d’actions lié au stress et au burn-out comprend 10 règles d’or que vous retrouverez sur notre site internet. En voici quelques-unes.

Avec la deuxième règle d’or Sensibiliser, informer et soutenir, nous mettons l’accent sur le soutien des entités. Nous collaborons à cet égard avec Better Minds at Work qui organise des séances d’information et des workshops pour les collaborateurs, les collaborateurs RH et les responsables, en fonction de la situation de l’entité. En plus, il y a des instruments qui sont à la disposition des entités. Un accompagnement ou un bref trajet conseillé sont également possibles.

La quatrième règle d’or Leadership veut attirer l’attention sur l’importance du rôle du leader (pour expliquer clairement les rôles) et du coach (pour soutenir le personnel), et soutenir les responsables dans ces rôles qu’ils ont à jouer.

Avec la règle d’or relative à l’Attention à apporter à la santé, le projet pilote sur bouger sainement a été un coup dans le mille. 32 fonctionnaires pouvaient y participer. Ce devait être des fonctionnaires qui ne font pas de sport et qui bougent peu. Le but était de les encadrer et de les encourager à bouger plus. 620 candidats ont répondu à l’appel. Les résultats ont dépassé toutes les attentes. Les fonctionnaires participants remplissent désormais le rôle d’ambassadeur au sein de leur entité. Le succès de cette action nous a incités à réfléchir à un projet de suivi plus large.

Enfin, nous voulons mieux faire connaître les acteurs du bien-être. Ils existent bel et bien, mais les fonctionnaires parviennent difficilement jusqu’à eux. Nous voulons les répertorier et les faire connaître des fonctionnaires afin que ces derniers sachent à qui s’adresser en cas de problème spécifique.

Comment allez-vous mesurer les résultats de ce plan d’actions ? Existent-ils des objectifs ou des indicateurs de mesure afin que vous puissiez par la suite affiner le tir en vue d’une amélioration continue ?

Nous continuerons évidemment à contrôler les chiffres relatifs à l’absentéisme pour cause de maladie. Mais nous arriverons bien sûr à un niveau où il sera difficile d’établir un lien direct avec le plan d’actions.

Dans notre contrat-cadre avec notre partenaire de formations, il a été convenu de mesurer les résultats. Nous effectuerons des mesures avant, pendant et après les sessions d’information selon l’échelle d’engagement au travail (UWES – Utrecht). Par ailleurs, les entités peuvent également mesurer et suivre leurs actions. En collaboration avec la Vlerick, une étude est en cours sur les effets de levier qui ont un impact sur le bien-être au travail.

Quelles bonnes pratiques peuvent être des sources d’inspiration pour d’autres pouvoirs publics ?

De nombreuses agences planchent actuellement sur le bien-être. Le projet de l’agence Agriculture & Pêche par exemple. Le haut fonctionnaire y a joué un rôle important. Cet homme est très sensible au bien-être de ses fonctionnaires de sorte que toute l’organisation et la culture d’entreprise en sont imprégnées.

Le soutien du top management et des responsables constitue une clé du succès pour la prévention du stress et du burn-out. Même si les RH y travaillent d’arrache-pied et lancent de nombreuses actions : si la haute direction ne les soutient pas, cela ne fonctionnera pas. Le fait que les responsables puissent montrer l’exemple a un impact considérable. L’attention accordée à la prévention et au bien-être doit transparaître dans le fonctionnement quotidien et l’ADN de l’organisation. Il s’agit là de la responsabilité de tout un chacun.

Le gouvernement flamand a déjà pris pas mal de mesures en faveur du télétravail et des postes de travail flexibles dans les bureaux paysagers. Comment faites-vous en sorte que toutes ces mesures  soient bénéfiques au travail ?

Nous constatons dans la pratique qu’un à deux jours de télétravail par semaine a un effet positif sur l’équilibre travail-vie privée. Il permet en plus de pouvoir bien avancer de manière concentrée dans un dossier.

Dans un bureau paysager, le bruit est rapidement très présent. C’est pourquoi il importe de fixer des règles claires. Chez nous, la règle veut que l’on téléphone dans un cockpit et que l’on ne se réunisse pas plus de deux minutes à son bureau. Des discussions plus longues ainsi que les réunions doivent se faire dans un local distinct. Le point de départ est l’activity based working : vous travaillez à l’endroit le mieux approprié pour la tâche que vous devez réaliser.

Avez-vous encore un conseil à nous donner ?

Ce n’est pas vraiment un conseil, mais plutôt une considération. Vous devez en premier lieu y croire. Sensibiliser les gens. A prendre aussi soin d’eux-mêmes. La prévention du burn-out est une responsabilité partagée du travailleur, du responsable et de l’entreprise. Si seul un maillon de la chaîne fait des efforts, le taux de réussite sera très faible !

Plus d’informations
Plan d’actions contre le stress et le burn-out (Gouvernement flamand)
Approche stress et burn-out (vidéo Agriculture et Pêche)