Développer une culture de sécurité pour prévenir les accidents du travail reste nécessaire. En effet, on ne communiquera jamais assez sur la sécurité au travail. Nous avons demandé à Dirk Vandriessche du bureau de communication Talking Circles, fort d’une longue expérience dans la communication en matière de sécurité, comment il s’y prenait.

Vous organisez souvent des campagnes sur la sécurité au sein de grandes entreprises industrielles et chimiques. Les règles de sécurité y sont généralement déjà bien intégrées. Quel est alors l’objectif de ces campagnes ?

Au cours des dernières décennies, la sécurité s’est fortement accrue au sein des entreprises. Nous le devons à des machines plus sûres, à de meilleurs équipements de protection et à une attention croissante accordée aux règles de sécurité. Le nombre d’accidents du travail diminue fortement, mais certains se produisent encore. Il semble difficile de prévenir ces 5 % résiduels. Le comportement des travailleurs joue un rôle important dans ce cadre. Or, ce dernier est lié à la culture de sécurité.

La base, tels que l’établissement, l’affichage et le respect de règles de sécurité, est posée dans de nombreuses entreprises. On constate néanmoins des différences. Alors qu’au sein d’une entreprise, les travailleurs se contentent de suivre les règles, dans une autre, ils se conseillent spontanément en vue d’améliorer la sécurité au travail ou proposent des améliorations à leur responsable. Dans ce second type d’entreprises, il règne une culture de sécurité proactive. Par le biais de campagnes de communication, nous tentons d’améliorer cette attitude en matière de sécurité.

En quoi consiste une culture de sécurité ?

De nombreuses entreprises déclarent que la sécurité est leur priorité absolue. Mais les actes priment sur les mots. La sécurité doit s’inscrire dans la stratégie de l’organisation et être respectée au quotidien sur le lieu de travail. Tout comme la qualité et la productivité, elle doit être reprise dans les objectifs et les évaluations des travailleurs. Les responsables doivent également montrer l’exemple et, notamment, ne pas entrer dans le hall de production sans casque.

Un bon point de départ consiste à s’abstenir de toute action ne pouvant être réalisée en toute sécurité. Pour chaque tâche, il faut avoir le réflexe de se demander comment l’exécuter en toute sécurité. Si vous ne le faites pas, vous ne pouvez prétendre que la sécurité est votre priorité numéro un. Certaines entreprises appliquent littéralement ce principe en demandant de cocher formellement une check-list de sécurité au début de chaque tâche. Cette procédure aide à influencer le comportement.

Comment la communication peut-elle contribuer à créer une culture de sécurité ?

Il faut, avant tout, répéter constamment le message de différentes manières : par le biais d’affiches, d’articles dans le magazine du personnel, de séminaires, peut-être même d’une mascotte… Il convient ici de faire parler du thème. Il peut être intéressant d’organiser régulièrement une concertation sur un thème de sécurité : discuter entre collègues de problèmes de sécurité et d’améliorations, et les évaluer.

Selon moi, la sécurité doit aller plus loin que la sécurité au travail. La sécurité est un mode de vie. Elle doit faire partie de votre manière de vivre. En partant de cette réflexion, nous avons développé quelques actions marquantes pour une entreprise.

En concertation avec l’entreprise, la police a contrôlé la vitesse sur le chemin vers l’entreprise. Les travailleurs qui roulaient trop vite ont pris place dans le combi sur le parking de l’entreprise. Ils ne se sont pas vu infliger d’amende, mais ont regardé une vidéo sur les risques d’une conduite trop rapide. Les travailleurs qui avaient respecté les limites de vitesse ont reçu un cadeau muni du logo de la campagne de sécurité de la part du directeur.

Un jour où il neigeait, nous avons vérifié sur le parking quelles voitures étaient pourvues de pneus hiver. Les travailleurs qui ne disposaient pas encore de pneus hiver ont reçu un dépliant de sensibilisation avec un bon de réduction à faire valoir dans la centrale de pneus locale.

La première action a, en particulier, suscité des réactions tranchées de partisans et d’opposants. Elle a beaucoup fait parler d’elle, ce qui était l’objectif : faire de la sécurité un sujet de discussion entre les collègues.

Souvent, les travailleurs doivent non seulement se conformer à des règles de sécurité, mais également atteindre des objectifs de productivité, de qualité, etc. Comment éviter que les travailleurs négligent la sécurité au profit de ces objectifs ?

Il est faux de penser que les règles de sécurité réduisent la productivité. Lorsqu’un accident se produit, cela influence fortement la productivité, l’image de l’entreprise… En effet, la sécurité, la qualité et la productivité sont indissociablement liées et s’influencent mutuellement. Une entreprise où le travail se déroule en toute sécurité est d’emblée reconnaissable. Tout y est toujours correctement rangé. Et vous pouvez être certain que cela bénéficie à la qualité et à la productivité.

Il est d’ailleurs erroné d’uniquement se concentrer sur les accidents graves. Pour chaque accident, il y a une multitude de quasi-accidents. Or, c’est sur ces quasi-accidents qu’il faut travailler pour en chercher les causes et apporter les adaptations nécessaires. Cela permet d’éviter des accidents.

De plus, il est également possible de formuler des objectifs en matière de sécurité. Par exemple, récompenser des initiatives ou organiser un concours des meilleures propositions d’amélioration. Une approche positive fonctionne mieux pour changer un comportement ou ancrer une nouvelle attitude.

Et qu’en est-il du mode de vie des entreprises elles-mêmes ? Consentent-elles des efforts en matière de sécurité en dehors de leur fonctionnement, par exemple lorsqu’elles concluent des contrats avec des fournisseurs ?

Il y a assurément des entreprises qui reprennent la sécurité comme critère de sélection de leurs fournisseurs. Les entreprises appliquent une politique stricte surtout pour les équipes de nettoyage ou d’autres sous-traitants qui viennent sur le terrain de l’entreprise. Les sous-traitants qui ne signent pas la charte de sécurité ou n’adhèrent pas aux règles de sécurité ne sont pas retenus.

Collaborer avec un partenaire externe ou un nouveau sous-traitant implique toujours des risques. En effet, une partie externe connaît moins l’environnement, les règles applicables et les risques spécifiques à l’entreprise. De nombreuses entreprises y consacrent de l’attention et veillent à établir des instructions de sécurité pour les sous-traitants (une fiche, une vidéo, une visite guidée…).

Lors de la maintenance d’un craqueur dans une entreprise pétrochimique, nous sommes même allés plus loin. Durant plusieurs semaines, 2 000 travailleurs de différents sous-traitants sont venus travailler sur le terrain de l’entreprise. Ces sous-traitants ont non seulement reçu des instructions de sécurité détaillées, mais durant le temps de midi, nous avons montré, dans le réfectoire, un journal (d’environ 10 minutes) rassemblant des reportages et interviews sur l’avancement des travaux de maintenance à toutes les personnes qui travaillent quotidiennement sur le site. Le thème de la sécurité a été abordé à chaque fois, directement ou indirectement. Nous avons ainsi fait en sorte que ce sujet soit en permanence présent et avons maintenu une attention constante. Finalement, seuls trois incidents mineurs se sont produits. Du jamais vu ! Cette approche en termes de communication y a certainement contribué.

Et ce alors que la majorité des accidents se produisent justement au cours de travaux de maintenance et de réparation.

Le risque d’incidents est, en effet, supérieur dans les situations nouvelles et inconnues. Néanmoins, la routine comporte également des dangers. Après un certain temps, le travailleur prend parfois trop d’assurance. Et du fait de cette routine, il accorde moins d’attention à son travail, ce qui peut entraîner des problèmes. Une entreprise ne peut, dès lors, jamais partir du principe que la sécurité est acquise.

C’est pourquoi il importe de continuer à le répéter. Ce n’est que de cette manière que la sécurité reste présente dans les esprits et qu’on peut espérer l’ancrer dans le mode de vie.